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27 Avril 2013


Le DAW, contre-productif ?

Le DAW (Digital Audio Workstation) est apparu au début des années 80 (voire fin des années 70 si on prend en compte les tous premiers essais). Il s’est très vite développé pour connaître l’hégémonie qu’on lui connaît aujourd’hui. D’abord marginal, il est devenu le support d’enregistrement le plus répandu.
Ses avantages en terme de workflow sont certains : on peut maintenant éditer l’audio plus rapidement et sans risque de s’entailler les doigts ; plus besoin de prévoir ses mots croisés pendant les rembobinages interminables et le rapport espace de stockage/volume de l’appareil est quand même largement meilleur...

#Cependant, aussi attrayante que paraisse l’idée d’un nombre de pistes illimitées avec la possibilité de créer des playlists des anciennes prises en vue de les éditer ensemble (comping), la progression du DAW dans nos studio a entraîné l’apparition de mauvaises manies/méthodes freinant le processus créatif.
Quand on enregistre sur un magnétophone analogique à bande, le nombre de piste est limité (par exemple, 24 pistes). Cela force l’équipe créatrice à assumer le son enregistré et donc prendre des décisions très tôt dans le processus, comme sommer ensemble plusieurs sources sur une seule piste et effectuer des traitements parfois radicaux à la prise.
Cette méthode à de nombreux avantages. Notamment, cela permet de savoir en tout temps où on en est dans le processus créatif car on écoute à tout moment quelque chose proche du résultat final. Un enregistrement qui sonne comme l’album va également jouer positivement sur le moral des musiciens impliqués et un musicien dont le moral est élevé joue mieux, est plus inspiré et donc le résultat final n’en est que meilleur.
De plus, cela permet d’économiser de la ressource pour le mix, tant au niveau technique que mental, car le mixeur n’a pas besoin de dépenser son énergie pour que le pistes sonnent correctement. Il peut se concentrer uniquement sur l’impact émotionnel de la musique, ce qui devrait être la norme.

Pendant l’enregistrement également, nous ne sommes plus obligé d’effacer une prise pour en enregistrer une nouvelle. Le résultat est souvent un empilage de pistes enregistrées “au cas où” dans le but d’accumuler de la matière à trier plus tard.
Cette manière de procéder est fortement contre productive, surtout d’un point de vue créatif. En effet, cela équivaut à s’en remettre au hasard en terme de résultat final. La création musicale requiert de la concentration sur un objectif défini, une vision de l’oeuvre (ce qui est déjà une cible mouvante en soi). De la même manière que le peintre à en tête l’image de ce qu’il va dessiner, l’équipe de création musicale doit avoir en tête le résultat qu’elle souhaite obtenir. Sans cela, le process n’est qu’anarchie, confusion et autres bifurcations menant à un résultat qui va très certainement décevoir les attentes des artistes impliqués.
Expliqué autrement, comment peut-on juger l’impact d’un overdub quand la session est polluée de pistes qu’on garde “au cas où”, sans savoir si on va les garder ou non ? La réponse est simple, c’est quasiment impossible. Et même dans le cas où on est à même d’en juger l’impact sur le moment, on se retrouve avec une production en flux aléatoire constant. C’est équivalent à tirer sur une cible mouvante au fusil en ayant maladie de parkinson : il faut énormément de chance pour taper dans le mille ! C’est d’ailleurs dans ce type de contexte que la fameuse phrase : “on verra ça au mix” est apparue. Aujourd’hui on en est même à dire : “on verra ça au mastering”... Sans commentaire.

Nautica08

La facilitation des fonctions d’éditing entraîne également l’apparition d’une maladie de plus en plus répandue : l’over-editing. Cette maladie conduit à éditer petit à petit la matière enregistrée jusqu’à en extraire toute la vie et l’intérêt.
Pour aller plus loin dans le même genre, tous les outils maintenant à notre disposition pour “corriger” la performance des musiciens à déplacé le pouvoir créatif des mains de l’artiste à celles des techniciens. Plus besoin de jouer en rythme, il y a beat detective pour ça. Plus besoin de jouer/chanter juste, il y a melodyne pour ça ! Plus besoin d’un bon instrument/ampli, il y a tout un tas de simulateurs/banques de sons/triggers pour ça !
Le DAW permet donc à des musiciens dont le niveau n’est pas du tout optimal de participer au processus créatif. Inutile de dire qu’il est plus long de corriger une performance moyenne que d’en enregistrer une bonne dès le départ. Surtout que le résultat final ne sera jamais aussi bon.

Attention toutefois de ne pas mal intérpréter mes propos ici. Je ne renie pas la technologie, bien au contraire. Mon reproche ne va pas à la technologie directement mais au constat du manque de discipline dont font preuve les acteurs du processus créatif qui en abusent au détriment de la musique. La tentation est grande d’en abuser mais si l’équipe à une vision bien définie, ces outils sont là pour nous faciliter la vie.
Reste à les utiliser à bon escient...

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