Retour au site
guillaumedebros.com

Sujets par domaines

Retrouvez ici les différents sujets abordés. Pour toute question relative aux sujets développés ici, n'hésitez pas à poster sur le forum de discussion associé (lien générallement en fin d'article). Pour toute autre question, écrire à blog@guillaumedebros.com

9 Février 2015


Les clefs de la réussite : organisation, documentation !

L’idée de cet article est née après avoir été témoin du plantage monumental d’un petit jeune lors d’une session avec un client. Grosso modo, le sujet qui nous intéresse et qui fut la cause de la débâcle est la méthodologie (en l’occurrence, le manque de méthodologie pour être précis). C’est un point qui est malheureusement très largement sous-estimé, voire négligé parmi les nouvelles générations « d’ingé-son » dont la majorité de la formation de terrain se résume au home studio ou à une école quelconque.

Voici donc ce qu’il s’est produit :

#Le petit jeune en question (25 ans, fraichement sorti d’une école de son) se retrouve à faire un mix pour un artiste signé en major dont le single doit sortir prochainement. Le process de mix fut apparemment long et laborieux mais au final, le mix est validé. La qualité objective du mix importe peu et tout ce que j’en dirais est que l’artiste était satisfait après un certain nombre de révisions.
Le studio étant relativement bien équipé, notre héro (appelons-le Johnny) s’était fait plaisir en utilisant à peu près tout le hardware disponible pour son mix, dont la console analogique. De ce fait, pour éviter les joies du recall, le mix est resté éclaté sur la console pendant les 3 jours qu’il a fallu pour le finir et les deux jours consécutifs de révisions du mix. Jusque là, tout va bien, si je puis dire.

Le premier hic survient alors que le mix est validé et sensé partir au mastering le lendemain. L’artiste passe un coup de téléphone au studio pour dire que finalement, il préfère une des versions antérieures du mix et qu’il souhaiterai donc qu’on la lui renvoie avec les versions alternatives (a capella, mix TV, instrumentale…etc). Encore une fois, jusque là, rien d’anormal. Le problème, cependant, c’est qu’en appelant Johnny pour lui demander à quel endroit il avait sauvegardé les exports sa réponse fut : « ah mais je ne les ai pas fait vu que ce n’était pas la version définitive… »
Première erreur grossière. Une bonne habitude à prendre est de faire tous les exports nécessaires pour chaque version car on ne sait jamais si l’artiste ne va pas finalement préférer la toute première ou la toute dernière. Ce genre de demande, avec une bonne organisation, ne devrait avoir comme réponse possible que « oui bien sûr ! Voilà ! ». L’affaire de 5 secondes et d’un transfert de fichiers.
Dans le cas qui nous intéresse, par contre, Johnny fut donc obligé de revenir au studio un dimanche soir à 23h pour faire des exports en urgence, ce qui nous amène à la deuxième erreur.

Une fois arrivé au studio, l’artiste était déjà présent et lui explique donc de quoi il retourne. Il a donc besoin de la version numéro 4 du mix et des versions alternatives qui vont avec. La réponse de Johnny : « Heu… Par contre vu qu’à chaque fois on corrigeait, j’ai sauvegardé la session par dessus donc il faut voir s’il y a toujours les sauvegardes automatiques de ce jour là. »
En clair, notre bon Johnny avait sauvegardé à chaque fois sur la même session ProTools, sans se laisser la possibilité de revenir en arrière.
Une bonne méthode est de sauvegarder, à chaque modification du mix, un fichier de session dont le nom correspond à la version du mix exporté. Par exemple, si vous nommez votre mix « titre_mix1.wav », il est bon d’avoir une session intitulée « titre_mix1.ptx ». De cette manière, vous êtes sûr de pouvoir revenir à tout moment à une version donnée et y apporter des modifications si nécessaire.
Bien entendu, au grand désespoir de Johnny et de l’artiste qui commençait à sérieusement s’échauffer, les sauvegardes automatiques ne remontaient pas jusque là…
Obligation donc de partir de la version la plus récente du mix et de défaire toutes les modifications apportées jusqu’à retrouver cette fameuse version 4. Rappelons encore une fois que l’artiste était juste venu chercher des fichiers qui auraient déjà dû être exportés… Et maintenant, place au drame suivant.

Nautica08

Voici donc Johnny parti pour la tâche délicate d’effectuer un recall sur son mix. Chose extrêmement facile quand il s’agit uniquement d’ouvrir une session ProTools ou autre avec uniquement des plugins ; c’est une toute autre histoire quand on a utilisé toute la vaisselle disponible dans la cuisine analogique.
Que l’on soit bien d’accord avant d’aborder la suite, l’erreur ici n’a pas été d’utiliser des périphériques hardware. C’est un choix technique/artistique qui lui revenait et il a pris les décisions qui lui permettaient d’obtenir le résultat escompté. Il n’y a rien à redire là dessus. La grosse erreur a cependant été de mal documenter tout ce beau monde.
Quand je l’ai vu sortir une feuille de papier froissé de sa poche avant de s’attaquer à remettre certains potards en place ou encore essayer de retrouver tel ou tel réglage à partir d’une vidéo prise sur son téléphone portable, je me suis dit « il est foutu ! Il n’y arrivera jamais. »… et c’est précisément ce qu’il s’est passé.
Après avoir passé plus de 3h à essayer de relire ses notes, le mix était loin d’être en place. Des éléments importants tels que l’ordre de branchement des périphériques dans une chaine donnée n’avaient pas été documentés, l’angle de prise des vidéos et photos laissaient de gros doutes sur la positions des potards etc etc… Bref, le recall n’a jamais été possible et il a fallu recourir au système D pour bricoler quelque chose (un peu long a expliquer et peu intéressant au final).
Notre ami Johnny aurait pu s’épargner tout un tas de problèmes avec un peu de méthode et en documentant correctement les appareils utilisés. Le site teaboyaudio.com, par exemple, est une excellente ressource de « recall sheets ». Ils disposent d’une base de données contenant un très large panel de faces avant d’appareils sur lesquelles on peut noter ses réglages, en plus des informations relatives à la session concernée.
A cause de ce simple manque d’organisation et de méthode, l’artiste est reparti énervé, frustré et avec un mix qu’il ne jugera jamais « bon », peu importe sa qualité objective, simplement à cause des difficultés rencontrées, ce qui n’est jamais une bonne chose. En plus, de cela, Johnny s’est grillé auprès de lui et de tous ceux à qui il parlera.
Nota Bene sur le bouche à oreille : il fonctionne toujours bien mieux pour propager des informations négatives !! Il faut donc faire très attention si on ne veut pas ruiner sa carrière prématurément.

Il est bon de prendre conscience que nous faisons partie d’une industrie de service et que la qualité de celui-ci ne se limite pas à la qualité d’exécution de la prestation. Il est essentiel que le client se sente à tout moment en sécurité par rapport à l’investissement qu’il fait en nous engageant. En d’autres termes et pour donner la morale de cet article : peu importe que Johnny ait fait le meilleur mix du monde ou pas. Ce que le client retiendra, c’est qu’il a foiré de manière monumentale et que tout le monde a fini frustré car il n’a pas su gérer les bases de son métier.

Discutons-en ici

27 Avril 2013


Le DAW, contre-productif ?

Le DAW (Digital Audio Workstation) est apparu au début des années 80 (voire fin des années 70 si on prend en compte les tous premiers essais). Il s’est très vite développé pour connaître l’hégémonie qu’on lui connaît aujourd’hui. D’abord marginal, il est devenu le support d’enregistrement le plus répandu.
Ses avantages en terme de workflow sont certains : on peut maintenant éditer l’audio plus rapidement et sans risque de s’entailler les doigts ; plus besoin de prévoir ses mots croisés pendant les rembobinages interminables et le rapport espace de stockage/volume de l’appareil est quand même largement meilleur...

#Cependant, aussi attrayante que paraisse l’idée d’un nombre de pistes illimitées avec la possibilité de créer des playlists des anciennes prises en vue de les éditer ensemble (comping), la progression du DAW dans nos studio a entraîné l’apparition de mauvaises manies/méthodes freinant le processus créatif.
Quand on enregistre sur un magnétophone analogique à bande, le nombre de piste est limité (par exemple, 24 pistes). Cela force l’équipe créatrice à assumer le son enregistré et donc prendre des décisions très tôt dans le processus, comme sommer ensemble plusieurs sources sur une seule piste et effectuer des traitements parfois radicaux à la prise.
Cette méthode à de nombreux avantages. Notamment, cela permet de savoir en tout temps où on en est dans le processus créatif car on écoute à tout moment quelque chose proche du résultat final. Un enregistrement qui sonne comme l’album va également jouer positivement sur le moral des musiciens impliqués et un musicien dont le moral est élevé joue mieux, est plus inspiré et donc le résultat final n’en est que meilleur.
De plus, cela permet d’économiser de la ressource pour le mix, tant au niveau technique que mental, car le mixeur n’a pas besoin de dépenser son énergie pour que le pistes sonnent correctement. Il peut se concentrer uniquement sur l’impact émotionnel de la musique, ce qui devrait être la norme.

Pendant l’enregistrement également, nous ne sommes plus obligé d’effacer une prise pour en enregistrer une nouvelle. Le résultat est souvent un empilage de pistes enregistrées “au cas où” dans le but d’accumuler de la matière à trier plus tard.
Cette manière de procéder est fortement contre productive, surtout d’un point de vue créatif. En effet, cela équivaut à s’en remettre au hasard en terme de résultat final. La création musicale requiert de la concentration sur un objectif défini, une vision de l’oeuvre (ce qui est déjà une cible mouvante en soi). De la même manière que le peintre à en tête l’image de ce qu’il va dessiner, l’équipe de création musicale doit avoir en tête le résultat qu’elle souhaite obtenir. Sans cela, le process n’est qu’anarchie, confusion et autres bifurcations menant à un résultat qui va très certainement décevoir les attentes des artistes impliqués.
Expliqué autrement, comment peut-on juger l’impact d’un overdub quand la session est polluée de pistes qu’on garde “au cas où”, sans savoir si on va les garder ou non ? La réponse est simple, c’est quasiment impossible. Et même dans le cas où on est à même d’en juger l’impact sur le moment, on se retrouve avec une production en flux aléatoire constant. C’est équivalent à tirer sur une cible mouvante au fusil en ayant maladie de parkinson : il faut énormément de chance pour taper dans le mille ! C’est d’ailleurs dans ce type de contexte que la fameuse phrase : “on verra ça au mix” est apparue. Aujourd’hui on en est même à dire : “on verra ça au mastering”... Sans commentaire.

Nautica08

La facilitation des fonctions d’éditing entraîne également l’apparition d’une maladie de plus en plus répandue : l’over-editing. Cette maladie conduit à éditer petit à petit la matière enregistrée jusqu’à en extraire toute la vie et l’intérêt.
Pour aller plus loin dans le même genre, tous les outils maintenant à notre disposition pour “corriger” la performance des musiciens à déplacé le pouvoir créatif des mains de l’artiste à celles des techniciens. Plus besoin de jouer en rythme, il y a beat detective pour ça. Plus besoin de jouer/chanter juste, il y a melodyne pour ça ! Plus besoin d’un bon instrument/ampli, il y a tout un tas de simulateurs/banques de sons/triggers pour ça !
Le DAW permet donc à des musiciens dont le niveau n’est pas du tout optimal de participer au processus créatif. Inutile de dire qu’il est plus long de corriger une performance moyenne que d’en enregistrer une bonne dès le départ. Surtout que le résultat final ne sera jamais aussi bon.

Attention toutefois de ne pas mal intérpréter mes propos ici. Je ne renie pas la technologie, bien au contraire. Mon reproche ne va pas à la technologie directement mais au constat du manque de discipline dont font preuve les acteurs du processus créatif qui en abusent au détriment de la musique. La tentation est grande d’en abuser mais si l’équipe à une vision bien définie, ces outils sont là pour nous faciliter la vie.
Reste à les utiliser à bon escient...

Discutons-en ici

25 Avril 2013


Bienvenue sur mon blog !

J'ai créé ce site afin de parler de sujets qui me touchent, m'interpellent, me révoltent, m'amusent...etc... tout ça dans mon domaine d'activité, la musique.
Le but est d'échanger sur ces sujets, d'en débatre afin de faire profiter de mon expérience aux autres tout en profitant de la leur.
Je n'ai pas la science infuse, loin de là. Cependant, je suis capable de défendre avec force toutes les opinions que j'émettrais ici. Cela ne veut pas dire que je refuse qu'on me contredise, bien au contraire, j'estime que c'est dans le débat qu'on apprend le plus. C'est au moment où nos idées sont remises en question que l'on approfondit le plus.
Dans ce but, je joindrais un lien vers un forum de discussion à la fin de chaque article où nous pourrons échanger directement.

Peace

Guillaume Debros

 

Sujets Récents

Les clefs de la réussite : organisation, documentation !
L’idée de cet article est née après avoir été témoin du plantage monumental d’un petit jeune lors d’une session avec un client. Grosso modo, le sujet qui nous intéresse et qui fut la cause de la débâcle est la méthodologie (en l’occurrence, le manque de méthodologie pour être précis). C’est un point qui est malheureusement très largement sous-estimé, voire négligé parmi les nouvelles générations « d’ingé-son » dont la majorité de la formation de terrain se résume au home studio ou à une école quelconque.
Voici donc ce qu’il s’est produit :Lire la suite 

Le DAW, contre-productif ?
Le DAW (Digital Audio Workstation) est apparu au début des années 80 (voire fin des années 70 si on prend en compte les tous premiers essais). Il s’est très vite développé pour connaître l’hégémonie qu’on lui connaît aujourd’hui. D’abord marginal, il est devenu le support d’enregistrement le plus répandu...
Lire la suite 

Bienvenue sur mon blog !
J'ai créé ce site afin de parler de sujets qui me touchent, m'interpellent, me révoltent, m'amusent...etc... tout ça dans mon domaine d'activité, la musique.
Le but est d'échanger sur ces sujets, d'en débatre afin de faire profiter de mon expérience aux autres tout en profitant de la leur...Lire la suite