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9 Février 2015


Les clefs de la réussite : organisation, documentation !

L’idée de cet article est née après avoir été témoin du plantage monumental d’un petit jeune lors d’une session avec un client. Grosso modo, le sujet qui nous intéresse et qui fut la cause de la débâcle est la méthodologie (en l’occurrence, le manque de méthodologie pour être précis). C’est un point qui est malheureusement très largement sous-estimé, voire négligé parmi les nouvelles générations « d’ingé-son » dont la majorité de la formation de terrain se résume au home studio ou à une école quelconque.

Voici donc ce qu’il s’est produit :

#Le petit jeune en question (25 ans, fraichement sorti d’une école de son) se retrouve à faire un mix pour un artiste signé en major dont le single doit sortir prochainement. Le process de mix fut apparemment long et laborieux mais au final, le mix est validé. La qualité objective du mix importe peu et tout ce que j’en dirais est que l’artiste était satisfait après un certain nombre de révisions.
Le studio étant relativement bien équipé, notre héro (appelons-le Johnny) s’était fait plaisir en utilisant à peu près tout le hardware disponible pour son mix, dont la console analogique. De ce fait, pour éviter les joies du recall, le mix est resté éclaté sur la console pendant les 3 jours qu’il a fallu pour le finir et les deux jours consécutifs de révisions du mix. Jusque là, tout va bien, si je puis dire.

Le premier hic survient alors que le mix est validé et sensé partir au mastering le lendemain. L’artiste passe un coup de téléphone au studio pour dire que finalement, il préfère une des versions antérieures du mix et qu’il souhaiterai donc qu’on la lui renvoie avec les versions alternatives (a capella, mix TV, instrumentale…etc). Encore une fois, jusque là, rien d’anormal. Le problème, cependant, c’est qu’en appelant Johnny pour lui demander à quel endroit il avait sauvegardé les exports sa réponse fut : « ah mais je ne les ai pas fait vu que ce n’était pas la version définitive… »
Première erreur grossière. Une bonne habitude à prendre est de faire tous les exports nécessaires pour chaque version car on ne sait jamais si l’artiste ne va pas finalement préférer la toute première ou la toute dernière. Ce genre de demande, avec une bonne organisation, ne devrait avoir comme réponse possible que « oui bien sûr ! Voilà ! ». L’affaire de 5 secondes et d’un transfert de fichiers.
Dans le cas qui nous intéresse, par contre, Johnny fut donc obligé de revenir au studio un dimanche soir à 23h pour faire des exports en urgence, ce qui nous amène à la deuxième erreur.

Une fois arrivé au studio, l’artiste était déjà présent et lui explique donc de quoi il retourne. Il a donc besoin de la version numéro 4 du mix et des versions alternatives qui vont avec. La réponse de Johnny : « Heu… Par contre vu qu’à chaque fois on corrigeait, j’ai sauvegardé la session par dessus donc il faut voir s’il y a toujours les sauvegardes automatiques de ce jour là. »
En clair, notre bon Johnny avait sauvegardé à chaque fois sur la même session ProTools, sans se laisser la possibilité de revenir en arrière.
Une bonne méthode est de sauvegarder, à chaque modification du mix, un fichier de session dont le nom correspond à la version du mix exporté. Par exemple, si vous nommez votre mix « titre_mix1.wav », il est bon d’avoir une session intitulée « titre_mix1.ptx ». De cette manière, vous êtes sûr de pouvoir revenir à tout moment à une version donnée et y apporter des modifications si nécessaire.
Bien entendu, au grand désespoir de Johnny et de l’artiste qui commençait à sérieusement s’échauffer, les sauvegardes automatiques ne remontaient pas jusque là…
Obligation donc de partir de la version la plus récente du mix et de défaire toutes les modifications apportées jusqu’à retrouver cette fameuse version 4. Rappelons encore une fois que l’artiste était juste venu chercher des fichiers qui auraient déjà dû être exportés… Et maintenant, place au drame suivant.

Nautica08

Voici donc Johnny parti pour la tâche délicate d’effectuer un recall sur son mix. Chose extrêmement facile quand il s’agit uniquement d’ouvrir une session ProTools ou autre avec uniquement des plugins ; c’est une toute autre histoire quand on a utilisé toute la vaisselle disponible dans la cuisine analogique.
Que l’on soit bien d’accord avant d’aborder la suite, l’erreur ici n’a pas été d’utiliser des périphériques hardware. C’est un choix technique/artistique qui lui revenait et il a pris les décisions qui lui permettaient d’obtenir le résultat escompté. Il n’y a rien à redire là dessus. La grosse erreur a cependant été de mal documenter tout ce beau monde.
Quand je l’ai vu sortir une feuille de papier froissé de sa poche avant de s’attaquer à remettre certains potards en place ou encore essayer de retrouver tel ou tel réglage à partir d’une vidéo prise sur son téléphone portable, je me suis dit « il est foutu ! Il n’y arrivera jamais. »… et c’est précisément ce qu’il s’est passé.
Après avoir passé plus de 3h à essayer de relire ses notes, le mix était loin d’être en place. Des éléments importants tels que l’ordre de branchement des périphériques dans une chaine donnée n’avaient pas été documentés, l’angle de prise des vidéos et photos laissaient de gros doutes sur la positions des potards etc etc… Bref, le recall n’a jamais été possible et il a fallu recourir au système D pour bricoler quelque chose (un peu long a expliquer et peu intéressant au final).
Notre ami Johnny aurait pu s’épargner tout un tas de problèmes avec un peu de méthode et en documentant correctement les appareils utilisés. Le site teaboyaudio.com, par exemple, est une excellente ressource de « recall sheets ». Ils disposent d’une base de données contenant un très large panel de faces avant d’appareils sur lesquelles on peut noter ses réglages, en plus des informations relatives à la session concernée.
A cause de ce simple manque d’organisation et de méthode, l’artiste est reparti énervé, frustré et avec un mix qu’il ne jugera jamais « bon », peu importe sa qualité objective, simplement à cause des difficultés rencontrées, ce qui n’est jamais une bonne chose. En plus, de cela, Johnny s’est grillé auprès de lui et de tous ceux à qui il parlera.
Nota Bene sur le bouche à oreille : il fonctionne toujours bien mieux pour propager des informations négatives !! Il faut donc faire très attention si on ne veut pas ruiner sa carrière prématurément.

Il est bon de prendre conscience que nous faisons partie d’une industrie de service et que la qualité de celui-ci ne se limite pas à la qualité d’exécution de la prestation. Il est essentiel que le client se sente à tout moment en sécurité par rapport à l’investissement qu’il fait en nous engageant. En d’autres termes et pour donner la morale de cet article : peu importe que Johnny ait fait le meilleur mix du monde ou pas. Ce que le client retiendra, c’est qu’il a foiré de manière monumentale et que tout le monde a fini frustré car il n’a pas su gérer les bases de son métier.

Discutons-en ici

 

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